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J-2 19:33:01
Franck Epoma

À Yaoundé, le nappy s'installe dans le quotidien des salons de coiffure

15 septembre 2026 — Atipik Group

À Yaoundé, le nappy s'installe dans le quotidien des salons de coiffure

Ce 15 septembre, le World Afro Day célèbre à travers le monde la valorisation des cheveux afro. À Yaoundé, ce mouvement se lit très concrètement dans les salons de coiffure : de plus en plus de clientes y viennent désormais pour entretenir leurs cheveux dans leur texture naturelle, plutôt que pour un défrisage.

Depuis une dizaine d'années, Grâce Mballa tient un salon spécialisé dans les cheveux naturels au quartier Melen dans la ville de Yaoundé. À ses débuts, se souvient-elle, « je faisais surtout les tresses, les tissages et le défrisage ». Mais peu à peu, la demande a changé de visage : « j'ai commencé à recevoir de plus en plus de clientes qui voulaient garder leurs cheveux naturels », raconte la coiffeuse de 34 ans. Une évolution qu'elle situe surtout ces dernières années, portée selon elle par les réseaux sociaux : « les jeunes voient des coiffures sur TikTok, Instagram ou Facebook et veulent essayer. » Sur une semaine type, elle estime qu'environ un tiers de sa clientèle vient désormais pour des prestations liées au nappy, vanilles, twists, tresses, soins hydratants ou locks. Une proportion qu'elle tient toutefois à relativiser : « ça peut être davantage certains jours. Mais c'est une estimation personnelle.»

Un constat partagé, avec plus de retenue, par Solange Ngo Nfack, coiffeuse depuis près de quinze ans dans un salon plus traditionnel de la ville. Chez elle, la clientèle nappy représenterait « peut-être 20 à 30 % selon les périodes » le défrisage et les tissages restant, selon elle, très demandés. « On est plutôt dans une période où les deux tendances coexistent », résume-t-elle. Les deux professionnelles s'accordent sur un point : ce changement de demande a exigé une adaptation du métier. Grâce Mballa a dû se former à l'entretien spécifique du cheveu naturel hydratation, choix des produits, prévention de la casse. Solange Ngo Nfack a, elle, élargi son offre de soins et de coiffures protectrices, un ajustement qu'elle juge nécessaire : « il faut suivre l'évolution de la clientèle, sinon on risque de perdre des clientes. » Reste un frein commun à ce développement : le coût des produits adaptés. « Les bons produits peuvent coûter cher », observe Grâce Mballa, qui note que certaines clientes se tournent vers des produits naturels ou des mélanges faits maison. Un constat que confirme Solange Ngo Nfack : « une cliente veut parfois un produit précis qu'on ne trouve pas facilement, ou qui coûte cher. »

« Apprendre à accepter mes cheveux tels qu'ils sont »

Côté clientes, le parcours de Brenda Élise Abena, 23 ans, étudiante à Yaoundé, illustre bien cette dynamique. Après des années de défrisage régulier, elle a amorcé, il y a deux ans, une transition progressive vers le naturel « je ne voulais pas couper tous mes cheveux d'un coup ». Un choix motivé par la fatigue du défrisage et la fragilité croissante de ses cheveux, mais aussi par ce qu'elle voyait défiler sur les réseaux sociaux. La réaction de son entourage a d'abord été mitigée. « Ma mère était un peu surprise au début. Elle me disait que j'étais plus jolie avec les cheveux défrisés », se souvient-elle, avant de préciser que sa mère s'est depuis habituée « elle aime même certaines de mes coiffures ». À l'université, certains camarades se sont aussi étonnés de son choix, sans que cela ne pèse aujourd'hui sur elle. Le principal obstacle reste ailleurs : l'entretien au quotidien et le coût des produits de qualité. Un chemin qu'elle ne recommande pas d'emprunter par simple effet de mode : « il faut le faire parce qu'on est prête à apprendre à entretenir ses cheveux et à les accepter. »

Toutes les femmes interrogées n'ont cependant pas fait ce choix. Stéphanie Laure Mbarga, 28 ans, gérante d’un restaurant à Ngoa-Ekelle, continue de défriser ses cheveux, une décision qu'elle justifie avant tout par la praticité : « j'aime avoir une coiffure qui demande moins d'entretien au quotidien ». Elle reconnaît avoir déjà envisagé le naturel, sans franchir le pas le temps et la patience nécessaires restant, pour elle, un frein plus déterminant que le regard des autres. « Je ne ferme pas la porte », nuance-t-elle toutefois.

Une évolution des standards, pas un basculement

Pour la sociologue Armande Tchana, de l’université de yaoundé 1, cette coexistence de choix traduit une évolution plus large des standards de beauté, sans basculement total. « Il y a les réseaux sociaux, l'influence des célébrités, mais aussi une volonté chez certaines personnes de mieux assumer leur apparence naturelle », analyse-t-elle. Elle rappelle toutefois que le cheveu naturel « a toujours existé » en Afrique : ce qui change, selon elle, c'est sa place dans l'espace public, longtemps éclipsée par des standards valorisant les cheveux lisses. L’initiative comme le World Afro Day, célébré chaque 15 septembre comme journée internationale dédiée à la célébration des tendances Africaines telles que lescheveux afro, constitue un moyen de promotion de cette habitude. À Yaoundé, ni Grâce Mballa ni Solange Ngo Nfack ne parlent d'un basculement généralisé vers le naturel. « Je ne dirais pas encore la norme », tempère la première, quand la seconde, elle, évoque une « période où les deux tendances coexistent ». Les deux coiffeuses relèvent aussi la persistance de jugements sur le sujet certains continuant d'associer cheveux lisses et élégance. Mais toutes deux s'accordent sur un point : les mentalités, elles, évoluent.

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